
La véritable question des médecines douces n’est pas de savoir si elles « guérissent », mais comment elles « soutiennent » de manière sécurisée et efficace le parcours de soin global.
- Leur rôle n’est pas de se substituer à la médecine conventionnelle, mais de la compléter en agissant sur le bien-être, le stress ou les effets secondaires des traitements.
- La vigilance est essentielle : des critères précis, émis par des organismes officiels, permettent de distinguer un praticien sérieux d’un charlatan.
Recommandation : L’étape clé avant toute démarche est le dialogue avec votre médecin traitant, qui reste le seul garant du diagnostic et de la sécurité de votre parcours de santé.
De plus en plus de personnes se tournent vers les médecines dites « douces » ou « alternatives ». Face à un mal de dos chronique, une anxiété persistante ou les effets secondaires d’un traitement lourd, la promesse d’une solution plus « naturelle » et humaine est séduisante. Pourtant, cet univers foisonnant suscite autant d’espoir que de méfiance. Entre les récits de bienfaits quasi miraculeux et les accusations de charlatanisme ou d’effet placebo, le néophyte curieux mais sceptique se retrouve perdu. Faut-il y voir une véritable voie thérapeutique ou un simple commerce fondé sur la crédulité ?
La confusion est entretenue par un débat public souvent caricatural, opposant les tenants d’une science pure et dure aux défenseurs d’une approche holistique. Mais si la véritable clé n’était pas dans l’opposition, mais dans l’intégration ? Si l’enjeu n’était plus de choisir un camp, mais de construire un parcours de soin intégré, où chaque approche joue son rôle à sa juste place ? C’est la perspective que nous vous proposons d’adopter. En tant que médecin formé à ces approches complémentaires, mon objectif est de vous donner des clés de lecture équilibrées et factuelles.
Cet article va donc au-delà du simple catalogue de pratiques. Nous allons d’abord clarifier la terminologie, puis vous donner des outils pour vous orienter dans cette jungle de 400 disciplines. Nous identifierons les signaux d’alerte infaillibles pour écarter les praticiens dangereux et définirons le rôle de chacun, du médecin généraliste au réflexologue. Enfin, à travers l’exemple concret de l’oncologie, nous verrons comment cette complémentarité peut s’incarner de manière à la fois humaine et scientifiquement évaluée.
Pour vous guider dans cette exploration nuancée, voici les grandes étapes de notre réflexion. Chaque section est conçue pour répondre à une question précise et vous armer de connaissances fiables pour prendre des décisions éclairées concernant votre santé et votre bien-être.
Sommaire : Médecines complémentaires, le guide pour un choix éclairé
- Pourquoi on parle désormais de médecines complémentaires plutôt qu’alternatives ?
- Acupuncture, homéopathie, naturopathie : comment s’y retrouver parmi 400 pratiques différentes ?
- Quelle médecine douce pour votre profil : le test en 5 questions pour vous orienter
- L’erreur qui fait tomber sur un charlatan au lieu d’un praticien certifié en médecine douce
- Médecine douce ou médecin généraliste : comment savoir vers qui se tourner en premier ?
- Faut-il demander l’accord de votre médecin avant de débuter la réflexologie sous traitement ?
- Pourquoi la réflexologie existe depuis 5000 ans en Égypte ancienne et en médecine chinoise ?
- La réflexologie pendant une chimiothérapie : soutien précieux ou risque à éviter ?
Pourquoi on parle désormais de médecines complémentaires plutôt qu’alternatives ?
Le choix des mots n’est jamais anodin, surtout en matière de santé. Le glissement sémantique du terme « alternatif » vers « complémentaire » traduit une évolution profonde dans la manière d’envisager le soin. Une approche « alternative » se positionne en opposition, comme un remplacement de la médecine conventionnelle. Une approche « complémentaire », au contraire, se propose de travailler en synergie avec elle. Elle ne vise pas à guérir une maladie au sens où l’entend la médecine allopathique, mais à apporter un soutien systémique : améliorer la qualité de vie, gérer le stress, soulager des douleurs ou atténuer les effets secondaires d’un traitement. C’est la reconnaissance qu’un patient n’est pas qu’une pathologie, mais un individu avec un corps et un esprit indissociables.
Ce changement de paradigme est aussi alimenté par une réalité de terrain. Dans un contexte de déserts médicaux, une étude révèle qu’environ 58% des Français se tournent vers ces thérapies faute de rendez-vous médical accessible. Cette situation, bien que subie, force à considérer ces pratiques non plus comme une frange, mais comme une composante réelle du parcours de santé de nombreux citoyens. L’enjeu devient alors de les intégrer de façon sécurisée plutôt que de les ignorer.
L’efficacité de ces approches repose également sur une dimension souvent sous-estimée en médecine conventionnelle : le temps et la qualité de l’écoute. Le Dr Michel Raymond, directeur de recherche au CNRS, souligne un point essentiel sur l’effet placebo, qui est loin d’être un simple effet psychologique. L’empathie et le temps consacré par un praticien sont des facteurs thérapeutiques puissants. Comme il le fait remarquer :
Plus il est empathique et avenant, plus il passe de temps avec le patient, plus l’effet placebo va être important.
– Dr Michel Raymond, cité par SafeMed
Cette observation ne discrédite pas les pratiques, mais met en lumière l’importance du dialogue thérapeutique. Envisager ces disciplines comme « complémentaires », c’est donc reconnaître leur potentiel à enrichir le soin, en y ajoutant une dimension de bien-être et d’écoute qui vient renforcer, et non remplacer, le protocole médical.
Acupuncture, homéopathie, naturopathie : comment s’y retrouver parmi 400 pratiques différentes ?
Le terme « médecines douces » est un vaste fourre-tout qui peut rapidement devenir paralysant pour quiconque cherche à s’y intéresser. Le paysage est en effet extrêmement hétérogène. D’un côté, une réalité chiffrée impressionnante : l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) recense plus de 400 pratiques de médecine alternative et complémentaire à travers le monde. De l’autre, un cadre réglementaire français très strict, où seulement quatre de ces pratiques sont officiellement reconnues par le Conseil National de l’Ordre des Médecins, et uniquement lorsqu’elles sont exercées par des médecins : l’acupuncture, l’homéopathie, l’ostéopathie et la mésothérapie. Pour les autres, c’est un vide juridique qui favorise le meilleur comme le pire.
Pour y voir plus clair, il est utile de ne pas penser en termes de pratiques individuelles, mais de grandes « familles » philosophiques. Chaque famille repose sur un principe de fonctionnement dominant, ce qui permet de regrouper des dizaines de techniques sous une même logique. Cette classification aide à comprendre l’intention derrière une pratique, au-delà de son nom parfois exotique.
| Famille | Exemples de pratiques | Principe dominant |
|---|---|---|
| Approches énergétiques | Acupuncture, Reiki, Magnétisme | Harmonisation de la circulation d’une énergie vitale (Qi, prana…). |
| Approches corporelles / mécaniques | Ostéopathie, Chiropraxie, Réflexologie | Action par manipulation, pression ou mouvement sur la structure du corps. |
| Approches basées sur les substances | Naturopathie, Aromathérapie, Phytothérapie | Utilisation de plantes, d’huiles essentielles ou de nutriments. |
| Approches psycho-corporelles | Sophrologie, Hypnose, Méditation | Action sur l’esprit pour influencer le corps et le bien-être général. |
Cette grille de lecture est un premier filtre essentiel. Elle permet de passer d’une liste interminable à quatre grandes voies. Si vous êtes mal à l’aise avec l’idée d’une « énergie vitale » non mesurable, vous pouvez d’emblée écarter la première famille. Si votre besoin est lié à des tensions physiques, les approches corporelles sembleront plus directes. Cette structuration est la première étape pour transformer un brouillard de 400 noms en une carte lisible avec seulement quelques directions claires.
Quelle médecine douce pour votre profil : le test en 5 questions pour vous orienter
Une fois le paysage clarifié, la question devient personnelle : quelle approche est la plus pertinente pour vous ? Il n’existe pas de « meilleure » médecine douce dans l’absolu ; il n’y a que des approches plus ou moins adaptées à un profil, à un besoin et à une sensibilité. Alors que près de 50% des Français souhaitent être mieux informés sur ces pratiques, un auto-questionnement simple peut servir de boussole efficace. Voici 5 questions clés pour vous aider à définir votre orientation.
1. Quel est l’objectif principal de votre démarche ?
S’agit-il de soulager un symptôme physique précis et ponctuel (mal de tête, douleur articulaire) ou de travailler sur un mal-être plus diffus et chronique (stress, anxiété, troubles du sommeil, fatigue) ? Pour des maux basiques, des approches comme l’ostéopathie ou la réflexologie peuvent être pertinentes. Pour un travail de fond sur l’équilibre général, la sophrologie ou la naturopathie seront peut-être plus indiquées.
2. Quelle est votre sensibilité à l’approche ?
Êtes-vous quelqu’un de très cartésien, qui a besoin d’une explication mécanique et tangible ? Les approches corporelles (ostéopathie, chiropraxie) qui agissent sur les muscles, les nerfs et les articulations seront plus rassurantes. Ou bien êtes-vous ouvert à des concepts plus abstraits comme l’équilibre énergétique ? Dans ce cas, l’acupuncture ou le Reiki pourraient résonner avec vous.
3. Préférez-vous une approche active ou passive ?
Souhaitez-vous recevoir un soin où le praticien « fait » (approche passive, comme un massage ou une séance d’acupuncture) ou préférez-vous apprendre des outils à utiliser vous-même au quotidien (approche active, comme la méditation ou les exercices de sophrologie) ? Le premier offre un soulagement immédiat, le second vise l’autonomie à long terme.
4. Quel est votre rapport au corps ?
L’idée d’un contact physique (manipulation, massage) est-elle quelque chose que vous recherchez ou qui, au contraire, vous met mal à l’aise ? Des pratiques comme la réflexologie ou l’ostéopathie impliquent un toucher direct, tandis que l’hypnose ou l’aromathérapie peuvent se pratiquer sans aucun contact physique.
5. Cherchez-vous un conseil global sur votre hygiène de vie ?
Si votre démarche va au-delà d’un symptôme et que vous souhaitez revoir votre alimentation, votre sommeil ou votre gestion du stress de manière globale, un naturopathe pourrait être l’interlocuteur le plus adapté. Son rôle est de proposer un programme d’hygiène de vie complet, là où d’autres praticiens se concentrent sur une problématique plus ciblée.
Répondre à ces questions ne vous donnera pas un diagnostic, mais un profil d’orientation. Cela vous permettra de diriger vos recherches vers une ou deux familles de pratiques, rendant votre quête d’un praticien beaucoup plus simple et pertinente.
L’erreur qui fait tomber sur un charlatan au lieu d’un praticien certifié en médecine douce
La plus grande crainte, légitime, d’un néophyte est de confier sa santé et son argent à un charlatan. Le vide juridique entourant la plupart des pratiques crée un terrain propice aux abus. Les chiffres sont éloquents : une enquête de la DGCCRF (la répression des fraudes) a montré que sur 675 praticiens contrôlés, les deux tiers présentaient au moins un manquement, allant de l’information trompeuse à des pratiques commerciales agressives. L’erreur la plus commune est de se fier uniquement au bouche-à-oreille ou à un site internet bien présenté. Un cadre de sécurité doit être établi avant même d’évaluer la compétence. Heureusement, il existe des signaux d’alerte très clairs, compilés notamment par la Miviludes (Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires), qui permettent de faire un tri drastique.
Un praticien légitime et éthique s’inscrit toujours dans une logique de complémentarité. À l’inverse, un discours qui vise à vous isoler de la médecine conventionnelle est le premier et le plus grand des « drapeaux rouges ». Le charlatan ne se voit pas comme un complément, mais comme une alternative exclusive détenant une vérité que les autres ignorent. Sa stratégie repose sur la rupture de confiance avec votre parcours de soin habituel.
Avant de prendre rendez-vous, il est impératif de passer le praticien envisagé au crible d’une liste de contrôle. Si un seul de ces points est validé, la prudence la plus extrême est de mise et il est préférable de renoncer.
Votre checklist anti-charlatan : les points à vérifier
- Le discours sur la médecine conventionnelle : Le praticien dénigre-t-il systématiquement votre médecin ou les traitements qu’il vous a prescrits ? C’est un signal d’alerte majeur.
- L’incitation à l’arrêt des traitements : Vous pousse-t-il à arrêter vos médicaments ou votre suivi médical en cours ? C’est une mise en danger et une pratique illégale.
- La promesse de guérison miracle : Vous garantit-il une guérison, surtout pour des maladies graves comme le cancer, en excluant le parcours médical ? La promesse de résultat est un marqueur de malhonnêteté.
- L’exclusivité et les tarifs : Prétend-il être le seul à détenir la « vraie » méthode ? Les tarifs sont-ils exorbitants, opaques ou avec une demande de paiement d’avance pour de multiples séances ?
- La nature des preuves avancées : Sa méthode se base-t-elle uniquement sur des témoignages invérifiables et rejette-t-elle toute demande de justification ou de preuve objective ?
Au-delà de ces points, un praticien sérieux doit être transparent sur sa formation (même si non reconnue par l’État), son adhésion à un syndicat professionnel (qui impose un code de déontologie) et les limites de sa pratique. Il ne posera jamais de diagnostic médical et vous réorientera systématiquement vers un médecin en cas de doute.
Médecine douce ou médecin généraliste : comment savoir vers qui se tourner en premier ?
La confusion est fréquente, et même entretenue par la perception qu’ont les usagers : une enquête montre que 57% des Français jugent les médecines complémentaires au moins aussi efficaces que la médecine classique. Cette perception peut conduire à une erreur fondamentale d’aiguillage : consulter un praticien en médecine douce pour un problème qui relève d’un diagnostic médical. La règle d’or est simple, intangible et doit guider toute démarche : le médecin généraliste est et doit rester le premier interlocuteur et le chef d’orchestre de votre parcours de santé.
Pourquoi cette règle est-elle absolue ? Parce que les rôles ne sont pas interchangeables. Le médecin est le seul professionnel habilité par la loi à poser un diagnostic. Face à un symptôme, même apparemment anodin comme un mal de tête persistant, son rôle est d’investiguer la cause, d’écarter les pathologies graves et de définir la nature du problème. Un mal de tête peut être lié au stress, mais aussi à une hypertension, un problème de vue ou, plus rarement, à une pathologie neurologique sérieuse. Consulter un ostéopathe en premier lieu, c’est prendre le risque qu’il soulage la tension musculaire (le symptôme) sans que la cause sous-jacente (la potentielle pathologie) ne soit identifiée.
Le praticien en médecine complémentaire, lui, intervient dans un second temps. Une fois le diagnostic posé par le médecin et toute pathologie grave écartée, il peut apporter son soutien. Son rôle n’est pas de « traiter la maladie » mais de « prendre en charge la personne » qui vit avec un symptôme ou une maladie. Voici un schéma de décision clair :
- Étape 1 : Apparition d’un symptôme (douleur, trouble, mal-être). -> Réflexe N°1 : Consultation du médecin généraliste. Objectif : obtenir un diagnostic clair et un protocole de traitement si nécessaire.
- Étape 2 : Le diagnostic est posé. Le médecin a identifié la cause et a proposé un traitement (ou a confirmé qu’il n’y avait pas de pathologie grave). -> Réflexe N°2 (optionnel) : Recherche d’un soutien complémentaire. Objectif : améliorer le confort, gérer le stress lié à la situation, atténuer les effets secondaires du traitement, etc.
Cette hiérarchie ne minimise pas l’apport des pratiques complémentaires, au contraire. Elle le sécurise et le rend plus pertinent. Le praticien peut alors travailler en toute connaissance de cause, sur la base d’un diagnostic fiable, et son intervention devient un véritable atout dans un parcours de soin intégré et cohérent, plutôt qu’une démarche isolée et potentiellement risquée.
Faut-il demander l’accord de votre médecin avant de débuter la réflexologie sous traitement ?
La réponse est un oui catégorique et non négociable. Dès lors qu’un traitement médical est en cours, que ce soit pour une hypertension, un diabète ou une chimiothérapie, toute nouvelle intervention, même « naturelle », doit faire l’objet d’un accord de l’équipe soignante. Penser que la réflexologie, parce qu’elle se concentre sur les pieds, est sans danger et peut être pratiquée sans avis médical est une erreur potentiellement grave. Le principe de complémentarité implique obligatoirement un dialogue thérapeutique entre le patient, le médecin et le praticien.
L’interaction n’est pas toujours celle que l’on imagine. Il ne s’agit pas forcément d’une interaction chimique entre une plante et un médicament, mais aussi d’effets physiologiques. Une séance de réflexologie peut, par exemple, avoir un effet relaxant profond et faire baisser la tension artérielle. Chez une personne sous traitement antihypertenseur, cela pourrait potentiellement entraîner une hypotension. De même, certaines zones réflexes stimulées pourraient interférer avec l’action d’un traitement hormonal. Le médecin est le seul à pouvoir évaluer ce risque en fonction de votre état de santé global et de vos traitements.
Le domaine de l’oncologie offre un exemple parfait de la nécessité de cette coordination, comme l’illustre l’étude REFYO-R menée en France.
Étude de cas : Le protocole REFYO-R en oncologie
L’étude REFYO-R, dont le protocole est soutenu par des institutions comme l’Institut National du Cancer, vise à évaluer les bénéfices de la réflexologie sur les nausées et vomissements induits par certaines chimiothérapies. Cependant, le plus instructif est la liste de ses critères d’exclusion. Des patients présentant des risques de phlébites, un syndrome cave ou étant sous traitement par morphiniques sont écartés de l’étude. Comme le souligne le protocole de recherche officiel, cette sélection stricte illustre parfaitement pourquoi un diagnostic et un accord médical sont indispensables : un praticien non-médecin n’a pas les compétences pour évaluer de tels risques. Le dialogue avec le médecin permet de s’assurer que le patient n’entre dans aucune de ces catégories à risque avant de commencer les séances.
Demander l’accord de son médecin n’est donc pas une simple formalité. C’est un acte de sécurité fondamental. C’est s’assurer que la pratique complémentaire choisie s’intégrera harmonieusement et sans danger dans le parcours de soin, pour en devenir un véritable allié et non un facteur de complication.
Pourquoi la réflexologie existe depuis 5000 ans en Égypte ancienne et en médecine chinoise ?
Si la réflexologie est aujourd’hui étudiée dans des protocoles scientifiques rigoureux, sa crédibilité ne repose pas uniquement sur la validation moderne, mais aussi sur ce qu’on pourrait appeler la validation par l’usage. La longévité d’une pratique, sa persistance à travers les cultures et les millénaires, est en soi un indice de pertinence. Le fait qu’des civilisations aussi différentes que l’Égypte ancienne, la Chine ou les tribus amérindiennes aient développé des formes de thérapie par pression sur les pieds suggère l’observation répétée d’un bienfait concret.
La trace la plus ancienne et la plus célèbre de cette pratique ne vient pas d’Asie, mais d’Égypte. En effet, des hiéroglyphes datant de 2300 ans avant J-C ont été retrouvés dans le tombeau d’Ankhmahor, un médecin égyptien de haut rang. Ces fresques dépeignent clairement des scènes où des individus se font manipuler les pieds et les mains, avec des légendes qui peuvent être interprétées comme « Ne me fais pas mal » et une réponse du praticien « Je ferai en sorte que tu me remercies ». Cette découverte archéologique prouve que le soin par le toucher de zones spécifiques des extrémités est une pratique médicale ancestrale.
Parallèlement, la médecine traditionnelle chinoise développait, il y a environ 4000 ans, les principes de l’acupuncture et de la circulation de l’énergie vitale, le « Qi », à travers des méridiens. Dans cette vision, les pieds sont une zone extraordinairement riche en terminaisons nerveuses et en points de départ ou d’arrivée de ces méridiens. La stimulation de ces points était vue comme un moyen de rééquilibrer la circulation énergétique dans tout le corps et d’agir à distance sur les organes correspondants.
La persistance de cette pratique à travers les âges, bien avant que la science moderne ne puisse en expliquer les mécanismes (action sur le système nerveux, libération d’endorphines, relaxation profonde), témoigne de son efficacité ressentie par des millions de personnes. Cette histoire millénaire ne remplace pas la nécessité d’une évaluation scientifique, mais elle l’éclaire. Elle nous rappelle que le savoir empirique, basé sur l’observation et la transmission, a été pendant des siècles la seule forme de médecine, et qu’il constitue un patrimoine dont l’étude peut encore nous apprendre beaucoup sur le fonctionnement du corps et de l’esprit.
À retenir
- L’enjeu n’est pas d’opposer médecine douce et conventionnelle, mais de les faire collaborer dans un parcours de soin « intégré » et sécurisé.
- Le médecin généraliste doit toujours être le premier interlocuteur pour poser un diagnostic. Le praticien complémentaire intervient en soutien, jamais en substitution.
- La vigilance est cruciale : des signaux d’alerte officiels (dénigrement de la médecine, promesse de guérison) permettent d’écarter les charlatans.
La réflexologie pendant une chimiothérapie : soutien précieux ou risque à éviter ?
C’est dans les situations les plus difficiles, comme la prise en charge d’un cancer, que le concept de « soutien systémique » prend tout son sens. La chimiothérapie, si elle est indispensable pour traiter la maladie, s’accompagne souvent d’effets secondaires lourds qui dégradent la qualité de vie : nausées, fatigue intense, anxiété, douleurs. C’est précisément sur ce terrain que la réflexologie, en tant que soin de support, est de plus en plus étudiée et proposée en milieu hospitalier. Son but n’est évidemment pas de guérir le cancer, mais d’aider le patient à mieux supporter le traitement.
La question de son efficacité a fait l’objet de nombreuses recherches, avec des résultats nuancés mais encourageants. Une revue systématique d’études publiée dans le British Journal of Cancer, analysant les données de plus de 1700 participants, a conclu que la réflexologie avait des effets bénéfiques solides et statistiquement significatifs sur la réduction de l’anxiété et de la fatigue liées aux traitements. Pour ce qui est de la douleur et des nausées, les preuves sont plus hétérogènes, mais des essais cliniques spécifiques montrent un potentiel réel. En France, un essai contrôlé a par exemple été mené sur 70 patientes pour évaluer spécifiquement son impact sur les nausées, démontrant l’intérêt du monde médical pour objectiver ces bienfaits.
Cependant, « soutien précieux » ne signifie pas « sans risque ». La pratique de la réflexologie en oncologie, ou « onco-réflexologie », requiert une formation spécifique et des précautions absolues. Le praticien doit connaître les contre-indications formelles et adapter sa pratique. Les précautions sont strictes :
- Contre-indications absolues : Ne jamais masser une zone en cas de phlébite ou de suspicion de phlébite, car cela pourrait déplacer un caillot sanguin.
- Adaptation de la pression : La pression doit être douce et adaptée, en particulier chez les patients souffrant de douleurs ou fragilisés par les traitements.
- Praticien spécialisé : Il est impératif de se tourner vers un réflexologue formé à la prise en charge oncologique, qui connaît les spécificités de la maladie et de ses traitements.
L’exemple de la réflexologie en chimiothérapie est l’incarnation parfaite d’un parcours de soin intégré réussi. D’un côté, un traitement médical de pointe (la chimiothérapie) qui cible la maladie. De l’autre, un soin complémentaire validé (la réflexologie) qui soutient le patient, améliore sa qualité de vie et l’aide à traverser l’épreuve. Cette synergie, encadrée par le corps médical et pratiquée par des professionnels formés, représente l’avenir d’une médecine plus complète et plus humaine.
Pour mettre en pratique ces conseils, l’étape suivante consiste à ouvrir un dialogue éclairé et confiant avec votre médecin traitant, qui saura vous guider vers les solutions de soutien les plus adaptées et les plus sûres pour votre situation personnelle.
Questions fréquentes sur les médecines douces
Les médecines complémentaires sont-elles adaptées à un symptôme physique ponctuel ?
Oui, les médecines complémentaires peuvent être très utiles dans la gestion de maux ou douleurs fonctionnelles, comme des rhumes à répétition, des courbatures, des troubles digestifs ou des maux de tête, une fois qu’un diagnostic médical a écarté toute pathologie grave.
Peuvent-elles aider face à un mal-être plus diffus ?
Absolument. C’est même l’un de leurs points forts. Elles peuvent apporter un soutien efficace pour des problèmes plus profonds et chroniques comme les difficultés d’endormissement, le manque de concentration, le stress ou l’anxiété.
Pourquoi les Français se tournent-ils vers ces approches ?
Au-delà de la recherche d’une solution à un symptôme, beaucoup de Français sont attirés par des approches qu’ils perçoivent comme plus respectueuses de l’équilibre naturel du corps et, surtout, plus centrées sur la dimension humaine, l’écoute et le temps consacré au patient.